LA MÉTHODE STEVE JOBS – conseils pour le formateur

d’après l’ouvrage de Carmine Gallo

Ceux qui pensent que l’image charismatique de Steve Jobs était simplement due à un don de la nature, et bien ils se trompent. Il est vrai qu’il était intelligent et de belle présence, mais son succès est essentiellement le fruit du respect, quasi maniaque, d’une méthodologie simple et d’un énorme travail de préparation.

ÉCRIVEZ L’HISTOIRE À LA MAIN

Ce n’est pas parce que Steve Jobs a forgé sa légende dans l’industrie informatique qu’il a pour autant abandonné le bon vieux papier. Comme tous les bons réalisateurs, il commence par écrire une histoire avant de sortir sa caméra pour filmer.
Les plus grands spécialistes en création de présentation sont unanimes : une bonne présentation, c’est d’abord beaucoup de temps passé à imaginer, réfléchir, gribouiller et griffonner des notes et des idées. Certains vont même jusqu’à affirmer que plus de 50 heures de travail sont nécessaires pour concevoir une présentation d’une heure.
Donc, ne vous précipitez pas de suite sur votre ordinateur, une fois l’histoire écrite, créer des slides est un jeu d’enfant et, gardez bien à l’esprit : ce qui va susciter l’intérêt de votre public c’est votre histoire, pas vos slides !
Mes Commentaires :
Écrire à la main peut paraitre contre-productif mais, au contraire, le gain de temps est considérable et, gratter du papier est bien plus agréable que taper sur un clavier !
Sur un cahier vous pouvez faire des choses qui seraient chronophages devant votre écran, comme compléter vos textes avec des dessins, des schémas, des cartes mentales… Le stylo donne un sentiment de liberté et favorise la créativité.

FAITES DES TITRES PERCUTANTS

Une fois que vous aurez trouvé l’idée-force que vous voulez graver dans l’esprit de votre auditoire, cherchez-lui un titre. Il devra être très court et attrayant.
Mes Commentaires :
Le but d’un titre, qui peut être repris plusieurs fois dans la même présentation, est de susciter la curiosité, la perplexité et, pourquoi pas, provoquer un peu. J’aime bien l’idée des 140 caractères maximum, comme pour les Tweets.

PAS PLUS DE 3 MESSAGES CLÉS

Steve jobs utilise le rythme ternaire, par exemple : « Aujourd’hui nous lançons 3 produits révolutionnaires. Le premier est un iPod avec un écran géant. Le deuxième est un téléphone mobile révolutionnaire. Le troisième produit est un appareil totalement nouveau pour se connecter à Internet ». 
Réaliser ses présentations en 3 parties permet de mener son auditoire sans le perdre. Annoncer le plan de la présentation dès le départ permet de tenir le public en haleine. Un plan en 3 parties est facilement mémorisable pour les publics car la mémoire active ne retient qu’une somme limitée d’information, d’où l’importance d’être sélectifs.
Mes Commentaires :
Le rythme ternaire est utilisé par les enseignants de français au collège, il devrait donc déjà faire partie de nos habitudes, mais les formateurs ont souvent tendance à concentrer beaucoup d’information dans une seule séquence, avec une conséquence évidente : on ne sait plus ce qui est vraiment important.

UTILISEZ DES MÉTAPHORES ET DES ANALOGIES

Pour que les 3 messages-clés et leurs exemples marquent les esprits, les techniques rhétoriques sont intéressantes pour rendre votre histoire agréable à écouter.
La métaphore est un outil très pratique, utilisé souvent pour les grandes campagnes de marketing, de publicité ou de relations publiques.
Les analogies, assez proches des métaphores, peuvent également avoir un impact très puissant. une analogie consiste à comparer deux choses pour mettre en lumière leurs points communs. Elles sont très pratiques pour faire comprendre à des gens des concepts qui leur sont étrangers.
Mes Commentaires :
Steve Jobs pratique la pédagogie dite ‟du détour” qui désigne une démarche qui permet d’atteindre l’objectif (de communication dans notre cas) en contournant les obstacles cognitifs et en faisant appel aux représentations existantes chez les participants.
Les analogies et les métaphores servent bien à ça, à la place des termes savants Steve Jobs utilisait un langage qui parlait à tout le monde.
Par exemple, dire ‟l’Ipod shuffle pèse 36 grammes” n’a pas le même impact que ‟l’Ipod shuffle est plus petit et léger qu’un paquet de chewing-gum”. Tout le monde connait la légèreté d’un paquet de chewing-gum, alors qu’il est moins facile d’apprécier la valeur de 36 grammes.

LES 3 FACULTÉS COGNITIVES

Une présentation de qualité doit tenir compte des trois composantes de la mémoire :
1) Selon les spécialistes, la majorité de la population (environ 40%) a une mémoire visuelle et retient mieux ce qu’elle voit. Vos présentations devront donc privilégier les images et les photos.
2) D’autres gens (20 à 30%) ont une mémoire prioritairement auditive et sont plus sensibles à ce qu’ils entendent. Il faudra leur raconter des anecdotes et leur donner des exemples concrets.
3) Les gens qui ont une mémoire sensorielle retiennent mieux l’information par l’action, le mouvement ou le toucher. Les faire participer à des démonstration, leur demander d’écrire quelque chose sera le meilleur moyen pour les intéresser.
Si les images sont plus efficaces que les mots c’est que le cerveau voit les mots comme autant de petites images. Le biologiste John Medina a écrit ‟si mon texte vous gêne, ce n’est pas parce qu’il ne ressemble pas assez à des images, c’est parce qu’il ressemble trop à des images. Pour le cortex cérébral, d’un point de vue physiologique, il n’y a pas pire que les mots”.
Par ailleurs, d’autres chercheurs ont démontré que le cerveau n’assimilait pas les images et les textes de la même manière et que les idées passaient mieux lorsqu’elles étaient exprimées sous forme visuelle. Une bonne raison pour utiliser plus d’images que des mots.
Mes Commentaires :
En plus des images projetées, qui ont le tort de disparaitre pour laisser place à d’autres images, une autre catégorie de supports visuels, comme par exemple les posters ou le bon vieux paper-board, sont des précieux instruments pédagogiques et rendent l’information disponible en permanence. Les participants prennent le temps qu’il leur faut pour mémoriser les messages et le formateur peut y faire référence à plusieurs reprises.
Mis à part les preuves scientifiques sur la mémoire, l’expérience nous enseigne qu’au delà de 10 à 15 minutes d’écoute passive, un participant perd son attention et sa concentration devient quasi nulle.
D’une manière générale, différencier la pédagogie de vos formations est le seul moyen pour mieux impliquer vos apprenants et maintenir une attention constante. Il s’agit de créer une alternance judicieuse entre slides , exercices, groupes de réflexion, études de cas, clips vidéos, démonstrations, jeux de rôle…

LES 5 PRINCIPES D’ARISTOTE

Nous l’avons déjà dit, Steve Jobs pratique à la lettre les grands classiques de communication. Dans chacune de ses présentations on retrouve les 5 principes de l’art oratoire du philosophe grec :
1) Avoir quelque chose d’intéressant à raconter.
2) Trouver un problème à résoudre ou soulever une question importante.
3) Proposer une solution au problème soulevé ou proposer une réponse à la question posée.
4) Présenter les avantages de votre solution.
5) Impliquer l’auditoire dans l’action. Pour Steve Jobs, dont les présentations avaient un but prioritairement commercial, cela se résumait souvent à : ‟Vous pouvez passer votre commande dès aujourd’hui.”
Mes Commentaires :
D’une logique implacable et d’une simplicité élémentaire ces principes ne sont pas toujours appliqués, ils font écho à une phrase d’André Giordan, que dans son célèbre ouvrage « Apprendre » écrit : ‟Les formations conventionnelles consistent souvent à apporter des réponses à des questions que les gens ne se posent pas.”
La conception d’une formation devrait toujours démarrer par une question du genre : ‟ Qu’est ce qui va les intéresser ?”ou alors ‟En quoi vais-je les aider à résoudre leurs problèmes ?”

VOULOIR COMMUNIQUER ET PRÉPARER SA PERFORMANCE

Steve Jobs part du principe que les gens aiment entendre des histoires. Toutes ses présentations sont écrites comme des scénarios de film à suspense. Ses slides sont avares de mots et privilégient les images.
Sa posture sur scène est aussi exemplaire. Il cherche toujours à établir un contact visuel avec son public et il ne le perd jamais. Steve Jobs s’intéresse plus à son public qu’à son produit. Avant de parler du produit il explique le problème que le produit est capable de résoudre.
Il veut que les gens se souviennent réellement de ce qu’il dit et crée des liens émotionnels en utilisant les trois formes de la mémoire évoquées plus haut.
Enfin, ses gestes viennent toujours appuyer ses mots. Cela aide à matérialiser ses pensées et les faire passer à l’auditoire. Il montre une attitude d’ouverture (pas de bras croisés, pas de pupitre, pas de table…)
Tout est étudié pour épater son public. Et pour cela il faut aussi se préparer à répondre à des questions qui pourraient être embarrassantes ou difficiles. Steve Jobs dresse la liste des questions qui pourront être posées et prépare des réponses parfaites.
Mais si les présentations de Macintosh sont une légende dans l’histoire de la communication c’est aussi parce que, lorsqu’il était sur scène, Steve Jobs s’amusait énormément. Il savait laisser parler sa passion et la communiquer à ceux qui l’écoutaient. Le rire est contagieux, le plaisir aussi !
En observant un joueur de tennis professionnel se déplaçant avec aisance sur le cours, en le voyant renvoyer la balle à son adversaire à la vitesse de 150 km/h, on s’imagine bien que pour en arriver à un tel niveau, ils a du s’entrainer tous les jours pendant des années. Pour une présentation c’est pareil.
Steve Jobs donne l’impression d’être totalement décontracté, sûr de lui, sa présentation semble couler de source, il semble même improviser alors que rien n’est laissé au hasard. Non content de préparer avec minutie son speach, comme s’il était une pièce de théâtre, le patron de Apple le répète plusieurs fois, il se filme, il demande l’avis de ses collaborateurs, il le simplifie, il l’améliore encore… jusqu’à qu’il soit parfaitement calibré. Si tout semble si naturel c’est parce-qu’il connait sa présentation sur le bout des doigts.
Mes Commentaires :
Le fait que Steve Jobs s’enfermait dans son bureau pendant plusieurs jours pour préparer une présentation d’une heure n’est pas absurde, surtout si on considère les retombées financières de ses shows. Pour un formateur qui doit animer un séminaire de plusieurs journées l’exercice est moins facile à réaliser.
Quoi qu’il en soit, consacrer le temps nécessaire à la maîtrise de son intervention est un minima, pour d’évidentes raisons d’impact sur les participants, d’économie d’énergies durant l’animation et de réduction du stress.
L’expert en ingénierie pédagogique qui m’a initié à ce métier, à propos des techniques qui permettent de réduire le trac, me disait : ‟… la respiration abdominale ne peut pas te faire de mal, mais une bonne préparation est la meilleure technique contre le trac.”

 

SOYEZ ZEN

Steve Jobs était un adepte du bouddhisme zen, ses présentations sont simples, donc percutantes.
Le cerveau n’aime pas gaspiller de l’énergie. Une information synthétique, précise, illustrée avec des exemples concrets est non seulement mieux mémorisée mais aussi mieux appréciée.
Des slides réalisées sous PowerPoint contiennent en moyenne environ 40 mots, ce qui amène les participants à lire à l’écran plutôt qu’à écouter l’intervenant. Les quatre premières slides de Steve Jobs comportent, au total, six mots, trois chiffres, une date… et pas une seule liste à puces.
Steve Jobs sait rester simple dans le vocabulaire qu’il emploie. Ses phrases sont aussi très courtes, exempt de jargon technique, avec une densité lexicale faible.
Mes Commentaires :
Vous n’êtes pas obligés de devenir bouddhistes pour construire des présentations simples. Il suffit de faire attention à la terminologie employée et ne pas surcharger vos slides.
Un grand avantage des slides sobres est la liberté que vous pouvez vous accorder pour votre discours.
Vous pouvez improviser plus facilement, vous pouvez décider, si vous le jugez nécessaire, de ne pas tout dire ou de dire les choses autrement, selon le besoin spécifique du public qui se trouve face à vous.

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